Biolay, le superbe.
Lyon, presqu'île. 26 mars 2010.
20h40 nous arrivons au Transbordeur. Il pleut. Braquage de la bagnole
en vrac sur un terre plein, comme tous les autres garés comme des
merdes près de cette salle coincé entre les périphériques et la voie
ferrée.
Agréable surprise en découvrant la salle. Petit club cosy qui fait
office de bar. Derrière, une salle de 1000 places assises et 500 en
parterre. La forme du bâtiment ressemble à une ancienne usine ou s'en
est inspirée.
Pour ce concert, j'avais pris le partie de ne rien regarder ni lire sur
le net pour conserver tout aspect de surprise et renforcer l'aspect
émotionnel et découverte. J'avais juste vu des version Tv de "padam" ou
"La superbe" qui ne laissaient rien préfigurer du formidable concert
auxquel j'allais assister.
Le concert débute à 21 heures sur une très belle allocution "pour
écrire un seul vers" (
http://www.youtube.com/watch?v=GaSSYZjWLjQ ) de
Michel Aumont . Texte de Rainer Maria Rike mis en musique par Biolay
pour le film "Clara et Moi". Pour écrire un vers il faut avoir vécu,
souffert , aimé dit magnifiquement le texte en substance.
Aimer. Le concert débute après ce chapitre introductif par "tout ca me
tourmente" et cette phrase simple mais grandiose
"mais dès 20h30 ouidès 20h30, je n'ai plus de coeur , je n'ai que ma queue"
Biolay arrivant d'un pas lent sur le côté gauche de la scène, vêtu d'un
costume gris, cheveux mi long, mystérieux. La grande classe. Loin des
description faites dans certains journaux, description voyeuriste telle
que l'avait fait Libération notamment, le montrant comme un personnage
fatigué, grossit, loin du dandy qu'il était. "On gagne, on perd, la
superbe", Le poète dandy est de retour. Il vieillit plus que bien. A ce
propos, j'avais peur que le public soit parsemé de midinette , il n'en
est rien, majoritairement féminin mais plutôt d'aspect réfléchi. Niveau
public, le concert sera parfait, silencieux quand il le faut , un peu
plus enthousiaste mais point trop pour pouvoir entendre la musique sur
le morceaux entrainant mais juste ce qu'il faut.
Benjamin biolay est connu comme arrangeur, auteur mais c'est surtout et
avant tout un grand musicien. Il se contentera de jouer un peu de
clavier (et sampleur) et de piano un peu de trompette mais pas de guitare. Le concert
est très rock soutenu par un excellent guitariste Pierre Jaconelli et
une remarquable joueuse de harpe aux choeurs. Une choriste mais pas
dans l'esprit chanteuse à voix, plus à l'image des groupes de
rock lorsqu' un membre du groupe fait les choeurs, ce qui ajoute du
charme aux morceaux. Donc concert rock dans l'esprit de ce que faisait
les groupes anglais des années 80-90. D'ailleurs, c'est le grand art que
possède biolay, méler une culture classique de la musique, une culture
de textes à du rock version brit-pop comme sur "Prenons le large"
"L'espoir fait vivre" "qu'est ce que ça peut faire". Le tout parfois
parsemé de clavier très new wave.
Un autre force de ce set réside dans le fait que Biolay n'intervient
pas ou très peu entre des morceaux qui s'enchainent. Lui se contentant
d'applaudir le public , comme pourrait le faire un Liam Gallegher mais
sans la condescendance de Liam, ou de se mettre la main sur le coeur.
La classe.
Je dis que le Transbordeur est une belle petite salle en me tournant
vers les grandins, elle me répond qu'il y un beau mâle, en se tournant
vers la scène.
A l'image d'un concert de Bashung, chaque morceau s'assemble au suivant
sans se répéter , sans ressembler au précédent, on n'a jamais
le sentiment de s'ennuyer, mais plutôt celui de vivre un instant de
bonheur, de communion rare.
Biolay jouant quelques morceaux seul au piano dont une superbe version
des "Cerfs volants " en rappel. En plus surprise, Biolay sur scène
chante plutôt bien, sans fausses notes ou s'il y en a certainement, on
ne les perçoit pas.
Et toujours les textes, plein d'audaces, de figures de styles, de
poèsie réalistes décrivant le doute, l'amour, le sexe, les femmes, des
nymphes, l'alcool
"moi la nuit je vide de des bouteilles" , les
anti-dépresseurs, la mélancolie, la jalousie.
Certains titres prennent une grande dimension scénique avec un jeu de
scène ("
que le monde entier m'acclame") comme sur "Padam" et son
rythme de guitare entrainant et un texte peut être mis en recul par
l'aspect "diffusion radio", le côté du single qui fait passer à côté de
l'essentiel ("
Si souvent, j'ai gardé pour moi mes vicissitudes et mes vices Et tourments, tournis, turpitudes " ... "
Double sec, double dose, double dame avec les femmes d'un autre" )
. Biolay assure la scène sans se mettre en avant par rapport
à ses musiciens, ça lui confère un mystère.
"Lyon presqu'île" est une superbe chanson ... écrite à Bruxelles dira-t'il.
"A l'origine" sera joué dans des accents "gothiques" que ne renierait
pas The Horrors. Toujours cette palette de composition sans qu'il n'y
ait réellement un changement de climax.
A côté des morceaux du dernier album ("11 septembre en rappel") seront
joué les classiques "Merco benz" ou des chansons d'albums moins connus
"chère inconue", "bien avant" ,"Négatif".
Et pourtant de grands titres n'ont pas été joués comme "15 août" (le
seul regret de ce concert) ou le semi-tubesque des débuts "Los
Angeles" et "Rose Kennedy" un de ses premiers chef d'oeuvre.
Le concert se termine par les "Les cerf volants" (et son sample de la voix de
Marylin Monroe extrait de la rivière sans retour), "Brand Rapsodie" (sa musicienne fera la réplique). La
salle du Transbordeur permettant une proximité entre le chanteur et le
public. A noter également un sans faute au niveau des éclairages, du
grand art à ce niveau tout comme les musiciens.
La force scénique de biolay réside dans le fait qu'il arrive à faire
passer des moments d'émotion (le concert n'est jamais triste au
contraire, la beauté des textes lui donne une allégresse) et de
bonheur tout en communiquant une joie d'être présent, dans la sobrièté,
de partager un beau et grand moment.
Ses morceaux à mon sens sont plus des "leçons de vie" mises en poèsie
que des chansons noires, dépressives. Tel l'adage disant qu'il faut
apprécier les bons moments et que les mauvais nous permettront encore
plus de jouir des grands instants de nos vies, même simple ou
éphémères. Que l'on soit être ivre mort à mille lieue sous terre un
soir puis renaitre de ses propres cendres tel un phoenix suscitant
l'intérêts de très jolies filles, "l'espoir fait vivre" comme le mets
en vers l'artiste. C'est d'ailleurs le talent des albums de Biolay,
négatif mais donnant l'impression qu'il y a toujours une porte de
sortie, qu'à une peine succède un moment de joie même succint qu'il
faut apprécier . Qu'en dépit de la peine de nos âmes, notre corps ("
ilya du soleil dehors qui me réchauffe le corps") nous rappelle que lui
est bien en vie et que lui veut vivre, qu'il faut vivre, survivre,
malgrè tout et que la vie n'est pas si moche
Benjamin biolay, un grand Monsieur, humble et généreux, au summun de son
art artistique et commencant à possèder une grande dimension
scènique.
nb : le costume de Biolay n'était pas gris mais noir et son col relevé détail important, parait-il.
Set list mais peut être tout à fait identique et pas dans le même ordre je crois que vendredi soir il semblerait.
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